L’eau dans l’Arc jurassien : des pressions et usages différenciés - Édition 2020

mars 2020
Noreddine Hmamda, Service de statistique, Neuchâtel - Christine Charton et Yohann René, Insee Bourgogne-Franche-Comté

L’eau est une ressource fondamentale, utilisée tant pour les besoins domestiques de la population, que par la plupart des activités de production, telles que l’agriculture et l’industrie. L’eau est une ressource très présente dans l’Arc jurassien au travers notamment de ses rivières et ses lacs. Cependant, c’est une ressource épuisable et menacée par la croissance démographique, l’urbanisation exponentielle ou encore les perturbations climatiques.

Une ressource très présente surtout dans la partie suisse de l’Arc jurassien

L’Arc jurassien est un pays d’eau, traversé par le Doubs qui prend sa source dans le massif du Jura et sert de frontière naturelle entre la France et la Suisse. Il se situe au confluent des bassins versants du Rhin et du Rhône.

La présence de l’eau est surtout marquée dans la partie suisse de l’Arc jurassien qui totalise 264 lacs dont le lac de Neuchâtel et une partie du lac Léman. Au total près de 10 % de la superficie de l’Arc jurassien suisse est couverte par des zones humides et des surfaces en eau. Dans la partie française de l’Arc jurassien, la présence de l’eau est moindre avec seulement 1,3 % de la superficie en zone humide ou en eau. Le département du Jura concentre la plupart des lacs de l’Arc jurassien français dont le lac de barrage de Vouglans.

L’Arc jurassien se caractérise également par ses sols karstiques avec un réseau hydrographique souterrain important. L’eau prélevée en vue de la distribution d’eau potable est, en moyenne, issue aux deux tiers de ces eaux souterraines.

L'Arc jurassien, un pays d'eau

Bassins versants et principaux cours d'eau

L'arc jurassien, un pays d'eau

Source : Eurostat, Water Information System for Europe (WISE)

Eau : près de 10 % de la superficie de l’Arc jurassien suisse

Part des zones humides et surfaces en eau (en %)

Eau : près de 10 % de la superficie de l’Arc jurassien suisse

Source : Agence européenne de l’environnement, Corine Land Cover 2018

150 à 200 litres d’eau par jour et par habitant

L’eau est nécessaire pour de nombreux usages qui dépendent de sa quantité et sa qualité. Mais certains usages peuvent avoir un impact sur la ressource et compromettre à la fois le bon fonctionnement du milieu naturel et les autres usages qui en dépendent. On la retrouve ainsi dans toutes les activités qui rythment notre quotidien : toilette, lavages divers, évacuation des déchets, etc.

En 2016, dans l’Arc jurassien français, 86 % de l’eau prélevée est destinée à l’alimentation en eau potable, hors activités liées à l’hydroénergie et canaux. La consommation des habitants est de l’ordre de 150 à 200 litres d’eau par jour. Dans l’Arc jurassien suisse, les usages domestiques dominent aussi : plus de la moitié de l’eau prélevée sont utilisées par les ménages et l’artisanat.

La majorité des prélèvements en eau sont destinés à la consommation domestique

Schéma des usages de l'eau

La majorité des prélèvements en eau sont destinés à la consommation domestique

Source : Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie

La pression démographique s’intensifie le long de la frontière

C’est dans les zones les plus peuplées de l’Arc jurassien que les prélèvements en eau domestiques sont les plus importants comme la partie française du territoire Nord Franche-Comté - canton du Jura où sont implantées les agglomérations de Belfort et de Montbéliard ou encore les rives du lac de Neuchâtel.

Cet usage de l’eau est sensible à la croissance démographique. En cinq ans, l’Arc jurassien a gagné 64 700 habitants, dont 57 000 dans la partie suisse déjà la plus densément peuplée. La quasi-totalité des districts suisses gagnent des habitants, avec une hausse record de 1,5 % par an dans ceux du canton de Vaud. Dans la partie française, la pression démographique, globalement stable, s’intensifie à proximité de la frontière et notamment au niveau de la source du Doubs (Mouthe) mais également entre Pontarlier et Morteau, là où le Doubs a subi des sécheresses importantes ces deux dernières années.

Une pression démographique plus intense dans les agglomérations et à proximité des lacs

Densité de population (hab/km²)

Une pression démographique plus intense dans les agglomérations et à proximité des lacs

Source : Insee, enquêtes de recensement 2014 à 2018 ; OFS - STATPOP

Pression touristique en été

Les touristes contribuent aussi à la consommation d’eau qui s’ajoute à celle des résidents. Dans le Haut-Jura français qui comptent de nombreux campings, le surplus de fréquentation touristique intervient l’été quand la tension sur les ressources en eau s’intensifie. Ce territoire, pourtant peu densément peuplé, peut ainsi être exposé à des risques de pénurie d’eau.

Dans les zones plus urbanisées de l’Arc jurassien, la clientèle des hôtels s’ajoute à une population résidente déjà nombreuse. Dans la partie française, les hôtels se concentrent dans les principales villes (Besançon, Montbéliard) et accueillent à l’année une clientèle d’affaire. Dans la partie suisse, les hôtels, répartis sur le territoire, attirent davantage une clientèle de loisir plus saisonnière. Au total, les hôtels de l’Arc jurassien accueillent ainsi chaque mois entre 200 000 et 400 000 nuitées.

Une capacité d’accueil touristique importante à proximité des lacs

Nombre d’hôtels et de chambres d’hôtels

Une pression démographique plus intense dans les agglomérations et à proximité des lacs

Source : Insee, en partenariat avec les comités régionaux du tourisme (CRT) et la DGE ; OFS - STATPOP

Des activités de production consommatrices en eau

L’eau est également mobilisée dans le cadre d’un grand nombre d’activités de production : dans l’industrie, l’agriculture ou encore la production d’énergie.

L’Arc jurassien compte 10 700 établissements industriels, localisés dans les zones les plus denses où leur consommation s’ajoute à celle des habitants. La présence d’une ressource en eau abondante et de bonne qualité est souvent un facteur d’implantation d’industries près des cours d’eau. L’eau revêt un intérêt particulier pour les activités industrielles : c’est un solvant (capable de dissoudre d’autres substances) disponible en grande quantité, liquide à température ambiante et utile pour refroidir ou réchauffer. Les industries de transformation, telles que la sidérurgie ou la plasturgie, sont les plus gourmandes en eau. Dans les laiteries, l’eau sert à la fois à produire de la vapeur (nécessaire à la pasteurisation) et à laver les installations plusieurs fois par jour. On estime qu’il faut environ quatre litres d’eau pour produire un litre de lait.

Avec l’intensification de la production agricole, l’usage de l’irrigation se répand et engendre des consommations d’eau croissantes. L’alimentation du bétail nécessite également un approvisionnement abondant en eau dans les régions d’élevage. Dans l’Arc jurassien, les surfaces agricoles sont composées en grande partie de prairie (60 %). L’élevage de bovins représente l’activité principale de 43 % des exploitations de la zone, bovins lait dans la partie française et bovins viande dans la partie suisse. L’irrigation est donc quasi absente dans ce territoire. En France, 28 % des prélèvements en eau sont utilisés pour l’irrigation et moins de 1 % pour l’élevage, hors énergie et canaux.

L’activité hydroélectrique est très présente dans l’Arc jurassien. Elle prélève des volumes conséquents d’eau qui sont par la suite rejetés. Dans la partie française de l’Arc jurassien, l’énergie hydraulique est en tête des énergies renouvelables devant l’éolien et le photovoltaïque. L’essentiel de la production est localisée au barrage de Vouglans sur l’Ain. En Suisse, l’électricité produite est à 60 % d’origine hydraulique. De nombreuses petites installations hydroélectriques maillent le territoire de l’Arc jurassien suisse, principalement des centrales au fil de l’eau.

Les gros établissements industriels se concentrent dans les pôles urbains

Nombre d’établissements industriels de 50 salariés et plus

Les gros établissements industriels se concentrent dans les pôles urbains

Source : Insee, REE au 31 décembre 2017 ; OFS - Statent

10 700 établissements industriels dans l’Arc jurassien

Nombre d’établissements industriels

10 700 établissements industriels dans l’Arc jurassien

Source : Insee, REE au 31 décembre 2017 ; OFS - Statent

Baisse des prélèvements en eau

Malgré une croissance démographique significative et une activité économique réelle, les prélèvements en eau, industriels comme ceux destinés à l’alimentation en eau potable ont tendance à baisser. Dans l’Arc jurassien français, ils se sont réduits de 3,5 % entre 2012 et 2016. En Suisse, la consommation totale d’eau rapportée au nombre d’habitant a diminué de 40 litres en dix ans. La part des prélèvements des ménages et petit artisanat est en forte baisse (- 8,7 pts depuis 2007) au profit des prélèvements industriels (+ 8,2 pts). Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse comme une meilleure gestion du réseau pour limiter les pertes, des appareils ménagers plus économes ou encore des incitations à économiser la ressource.

Des usages différents selon les territoires

Consommation des habitants, utilisation par l’agriculture ou l’industrie, fréquentation touristique : les territoires de l’Arc jurassien sont exposés à des degrés différents aux multiples usages de l’eau. Dans la partie suisse, dense en population et en emploi, fréquentée par les touristes, les usages se cumulent. Dans la partie française, les usages sont différents selon les territoires : agriculture et tourisme dans les montagnes du Jura, industrie et population dans le Nord Franche-Comté, population et tourisme dans la basse vallée du Doubs.

Les territoires de coopération face aux pressions sur l'eau

Schématisation des principales pressions exercées sur la ressource en eau

Les territoires de coopération face aux pressions sur l'eau

Les aléas météorologiques

L’Arc jurassien a le privilège de disposer d’abondantes ressources en eau et son climat reste frais et bien arrosé. Durant les mois les plus chauds, les températures restent inférieurs à 20 degrés. Et la pluviométrie reste encore abondante.

Toutefois, le changement climatique modifie la disponibilité de l’eau au cours de l‘année. La sécheresse de l’été 2018 a montré la vulnérabilité de la ressource en eau face aux aléas météorologiques. La hausse des températures a augmenté le besoin en eau de la faune et de la flore en même temps qu’elle raréfiait la ressource. Plusieurs arrêtés de restriction d’eau ont été émis afin de préserver la ressource. Les météorologues prévoient une plus grande fréquence de ces épisodes.

Dans l’Arc jurassien, 6,4 % de la superficie est artificialisée. Entre 2012 et 2018, la surface artificialisée de l’Arc jurassien a augmenté de 860 hectares, soit une progression de 0,8 %. Ainsi, cette imperméabilisation des sols croissante, associée à la nature karstique des sols de l’Arc jurassien augmentent la pression sur les eaux souterraines avec des niveaux plus bas en été et un risque de pénurie.

Le Doubs, une rivière franco-suisse

Le Doubs prend sa source au coeur du Massif du Jura à 950 m d’altitude, sur le territoire de la commune française de Mouthe (dans le département éponyme), à environ cinq kilomètres de la frontière franco-suisse.

Le Doubs traverse le canton du Jura en Suisse et trois départements français. Sur son cours, il irrigue quelques villes notables telles que Besançon, Audincourt ou encore Morteau. D’une longueur totale de 450 km dont 80 en Suisse, le Doubs sert de frontière naturelle entre les deux versants de l’Arc jurassien.

C’est une rivière qui a aussi connu des épisodes de sécheresse historique à l’été 2018 et en 2019, notamment entre Morteau et Pontarlier.

Le cours du Doubs
Le cours du Doubs

Sources

En France, les données de prélèvements en eau ont été obtenues grâce à la Banque nationale des prélèvements en eau (BNPE). Seules les données de prélèvement acquises par les agences et offices de l’eau dans le cadre de la redevance « prélèvements sur la ressource en eau » sont disponibles dans la BNPE. Le recouvrement des redevances se faisant à partir d’un seuil physique, l’identification des prélèvements n’est pas exhaustive. Les données concernent les volumes prélevés, à ne pas confondre avec les volumes consommés (différence entre le volume prélevé et le volume retournant au milieu). Par ailleurs, la géolocalisation des points de prélèvement n’est pas toujours connue et peut se situer à l’extérieur du périmètre étudié.

En Suisse, les principales données sont issues des statistiques de la Société suisse de l’industrie du gaz et des eaux (SSIGE). D’autres sources ont été également utilisées, notamment l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), l’Office fédéral des eaux et de la géologie (OFEG) et l’Office fédéral de la statistique(OFS).

Feuilleter 20200310_Fiche eau_Mars20.pdf en ligne